L’administration a convié les employés de l’université à une présentation financière communiquant les résultats de l’année précédente, le budget de l’année en cours, ainsi que les prévisions budgétaires le 20 janvier 2026.
Ce prochain rendez-vous est l’occasion de revenir sur les états financiers de l’USB qui ont été dévoilés dans son rapport d’activité publié en septembre 2025 et ses états financiers mis en ligne en juin 2025. L’APPUSB a cru bon de fournir à ses membres la présente brève mise en contexte avant cette présentation.
Un « déficit » à relativiser
L’USB a terminé l’année financière 2024-2025 avec un déficit de 61 166 $, un déficit que l’administration a présenté comme s’il s’agissait d’une quasi-catastrophe financière, alors que cette somme ne représente que 0,1 % sur un budget de 45 millions de dollars . Si l’USB a terminé cet exercice financier avec un déficit, il ne s’agit pas pour autant d’un état déficitaire structurel, car tous les états financiers des dix dernières années présentent des surplus d’au moins un million de dollars. De plus, l’USB possède plus de 70 millions en réserve, dont plus de 20 millions qui sont non affectés et donc mobilisables. Toute proportion gardée, l’USB a une meilleure santé financière que l’Université du Manitoba, l’Université de Winnipeg et l’Université de Brandon. Par exemple, en cas de situation d’urgence extraordinaire, l’USB pourrait fonctionner sans revenu beaucoup plus longtemps que n’importe quelle de ces universités. Si la prudence financière est indéniablement une vertu, deux questions viennent à l’esprit: pourquoi l’USB est beaucoup plus prudente que ses homologues? Et, surtout, comment a-t-elle pu faire de telles économies à travers le temps quand on sait que la principale dépense de toute université est le salaire de ses employés…
Soutien institutionnel : une boîte noire
En parallèle, certaines lignes budgétaires connaissent une inflation inexpliquée entre 2024 et 2025. C’est le cas du « soutien institutionnel », une catégorie comptable « fourre-tout » qui rassemble tout soutien apporté pour le développement de l’université, qu’il soit dans l’administration, le développement, les communications, etc. À vrai dire, l’utilisation réelle de cette catégorie demeure inconnue et qui doit probablement regrouper tous les contrats réalisés avec des avocats, des chasseurs de têtes ou autres consultants. Cette catégorie a non seulement dépassé de 1,8 millions ce qui avait été dépensé l’année précédente, mais elle excède de 20 % ce qui avait été prévu dans le budget. Assistons-nous à une argumentation de la sous-traitance au privé à l’USB?
Des investissements dans les immobilisations
À l’inverse, l’USB ne cesse d’investir dans les immobilisations (tout particulièrement dans l’immobilier), sans que ce choix financier ne soit expliqué. Considérant que les emprunts n’ont pas augmenté dans l’année (environ 10 millions, d’année en année), alors que les acquisitions en immeubles et améliorations ont presque doublé (785 672$ en 2024 [États financiers 2024, p. 22] à 1 445 779$ en 2025 [États financiers 2025, p. 22 ]), une seule conclusion s’impose : ces dépenses immobilières sont payées à même les liquidités disponibles. Si l’USB a l’argent pour faire toutes ces dépenses, elle ne pourra plus prétendre ne pas avoir les moyens pour offrir des conditions de travail équitables à ceux qui portent sa mission de recherche et d’enseignement au quotidien.
En réalité, un investissement dans le personnel toujours plus bas
Comme dans toute université, la masse salariale est historiquement le principal poste de dépenses. Or, l’administration de l’USBa réduit cette proportion de 80 % à 69 % en six ans. Là donc se trouve la source réelle des surplus mentionnés ci-dessus. In fine, ces surplus ont été générés au détriment de ceux et celles qui portent la mission académique.
Exercice Part des salaires dans les dépenses
2018 2019 80 %
2019 2020 79 %
2020 2021 78 %
2021 2022 77 %
2022 2023 74 %
2023 2024 71 %
2024 2025 69 %
Il faudra être attentif à ce pourcentage lors de la présentation du 20 janvier.
Des salaires – mais pas pour l’enseignement
Sans autre explication sur ce soutien financier, on peut toutefois examiner les dépenses par objet (États financier 2024, note 17, p. 30). Seuls 69 % (31 254 480$) des 45 millions dépensés par l’USB se composent de salaires. De ces quelque 31 millions, quelque 22 millions sont dépensés dans l’enseignement. La différence se compose de salaire allant au personnel non enseignant, c’est-à-dire les employés du Personnel à l’appui des services académiques (PASA), comme le personnel du registrariat, de l’entretien, etc., mais aussi – et surtout – les administrateurs-cadres. Jusqu’en 2024, le décalage entre la totalité des salaires et ceux consacrés à l’enseignement était si grand qu’on pouvait même se demander si l’USB estimait important de rémunérer les employés responsables de sa raison d’être. Est-ce que la présentation du 20 janvier dressera un portrait différent? Il serait d’ailleurs intéressant de comparer l’évolution des salaires des membres de l’APPUSB à celle des salaires des cadres depuis les 6 dernières années. Ce sera pour un prochain billet du blog.
Mieux comprendre le «déficit»
En fait, la meilleure manière de comprendre le déficit de l’exercice financier de 2025 est de comparer cet exercice au budget prévu et à l’exercice de l’année précédente. Trois faits saillants apparaissent. Il existe un manque à gagner de 800 000$ entre les 2,7 millions budgétés comme “Autres revenus” et les 1,9 millions reçus. De plus, les dépenses en “Technologies de l’information” sont plus importantes – ce qui s’explique, cette fois, par le grand projet de transition vers un nouveau logiciel d’inscription et de gestion des classes (Cumulus). Enfin, la catégorie «soutien institutionnel» a littéralement explosé.
Quels choix pour l’avenir ?
Il est important de se rappeler que le budget qui sera présenté le 20 janvier procède moins de «nécessités», comme l’USB risque d’en parler, mais plutôt de choix, de volontés.
Le fait de ne pas être actuellement en négociation, ne devrait pas nous empêcher d’être particulièrement attentifs aux choix qui se manifestent à travers la présentation du budget. Il est impératif, pour assurer la pérennité de l’USB et la vitalité de la communauté francophone dans son ensemble, que l’administration se rappelle que notre institution, en tant qu’organisme à but non lucratif, devrait prioriser l’enseignement et la recherche lorsqu’elle fait les choix structurant son budget.
De manière plus concrète, l’APPUSB espère que cette présentation sera l’occasion:
- D’une plus grande transparence, notamment en ce qui concerne la catégorie «soutien institutionnel». L’USB est une institution publique qui contribue au bien commun. Nous sommes en droit de savoir combien d’argent l’administration verse à des firmes privées: agence de recrutement, cabinet d’avocats, consultants de tout acabit, etc. Cette sous-traitance au privé est une tendance préoccupante.
- De mieux expliquer les investissements en immobilisations. Quel est le plan sur le court, le moyen et le long terme? Quelle est la vision qui structure nos investissements en la matière?
- De réaffirmer catégoriquement, via les choix budgétaires, la mission fondamentale de l’USB qui est l’enseignement et la recherche.
Nous verrons avec cette présentation si l’administration a compris pourquoi nous nous sommes tant mobilisés l’année dernière.
